JAMES : FRENCH ONE MAN CLAPPING REVIEWS

J.G, Rock and Folk

Un jour, James sera grand. James est déjà le fils le plus doué de la famille Smiths. Ce groupe de Manchester m'inspire une étiquette inédite : la new wave folklorique. Evidemment, vous êtes sceptiques. J'explique. James rappelle les susnommés (par le romantisme pâmé ça et là), les Woodentops (par le frénésie), les Pixies (par la prise de risque et la démence) et -moins évident- Passion Fodder (par la tension rurale). Autant de groupes chez qui le souci de contourner le rock est aussi manifeste que le ludisme artisanal mis en œuvre pour parvenir à leurs fins.

Chaque titre de James est un feu d'artifice composé de couleurs connues mais rarement combinées de cette manière. Le doute y rumine, la joie bave et la colère bafouille avant de gronder. On peut assimiler leurs morceaux à de véritables escapades en forêt ou à travers champs : batifolages dans la boue, pleurs dans une cabane abandonnée, plongeons dans la mare, séchages sur la butte. Les moments de tourmente succèdent à ceux d'espoirs renaissant sans le moindre avertissement. Une musique où il se passe des choses donc, un vrai fatras d'émotions. Guitares scintillantes ou broussailleuses, chant rêveur ou irrité(chuchotements enfantins ou chahuts pubères), basse Mark Twain et batterie pastorale. Ajoutez à cela un groupe sympathique qui a des choses à dire et les dit différemment, mu semble-t-il par une hyper activité mentale confinant parfois au doux délire.

James, et notamment Tim Booth, a quelque chose qui le dérange. Quelque chose qui le démange. D'ailleurs, il suffit de voir ce dernier faire la poule électrocutée sur scène, ses spasmes en disent long.

Aujourd'hui, viré de chez Blanco y Negro puis Sire après deux albums peu vendeurs, James a signé sur le nouveau label One Man et enregistré ce live (recorded in Bath) pleins de belles chansons grimaçantes.

Ne les laissez pas devenir le privilège d'une élite estudiantine qui ne mérite pas ce genre de cadeaux.

Stéphane Davet ( Les Inrockuptibles n°16 - april 1989)

La sortie de cet album enregistré en public obéit à des exigences morales et artistiques. Les premières en riposte à l'incompétence et la muflerie d'un précédent label, les secondes pour tenter au mieux d'approcher l'essence du groupe. On pouvait chercher, sceptique, ce qui manquait aux 2 premiers albums , « Stutter » et « Stripmine », tant leur justesse concise fut un bonheur inespéré. Un concert parisien nous apprenait qur-e le studio donne un aperçu trop lisse de gens capables sur scène d'intensité épileptique mais aussi de variations plus étendues, allant du parfait self control à une fougue peu commune.

Tim Booth guide ses compagnons, promeneurs observant le monde, souvent ironique dans ses vocalises proches du pastiche, faussement cynique et insouciant avant de devenir grave, mais chantant toujours les yeux grands ouverts, d'une lucidité en état second. James joue aiguë-comme aiguisé- une ligne claire-comme clairvoyance-, leur acuité pouvant  aussi provoquer la rage et transformer une limpide balade en gigue psychotique (« Riders »). Le disque partage également morceaux des deux albums et splendides inédits, dont la production cristalline promet d'inlassables réécoutes.

On comprendra mieux ainsi la force de ce groupe unique dont la sensibilité extatique, ignorant les tics de ces contemporains, annonce encore bien des illuminations.